lorsque la guerre débuta en 1939 ,j'avais vu le jour un an au paravent,les souvenirs qui me restent de cette époque tragique ,sont peu nombreux mais assez clairs.
je revois les différentes évolutions de cette tragédie ,et en premier lieu l'impression de puissance et de modernisme ,qui se dégageait des troupes allemandes, qui venaient d'envahir notre pays ,dans la consternation générale.
à Chantecoq,un régiment SS stationnait sur la place de l'église, juste en face de ma maison. Les uniformes noirs ,les bottes de cuir, les casquettes avec têtes de mort m'impressionnaient. Assis sur un petit tabouret, je regardais passer les convois avec leur peinture et leurs filets de camouflage. Maman me recommandait vivement de ne pas faire de gestes déplacés en direction des soldats installés sur les ailes et qui scrutaient le ciel avec d'énormes jumelles de peur d'apercevoir des avions anglais. A l'époque je ne comprenais pas bien ces recommandations. Le spectacle me captivait dans ma campagne ou le passage d'une automobile était un évènement.
Papa eu des relations tendues avec les troupes d'occupation. Son franc parler le mis dans des situations, que seuls les sentiments non belliqueux d'un interprète m'évitèrent un grand désespoir. On fusillait facilement chez ces messieurs les germains.
les SS quittèrent rapidement le village pour le front russe ce que papa leur avait souhaité depuis le début.
La vie continuait malgré tout parfois pleine de surprise et d'émotions.
Certains jours le ciel s'assombrissait et un bruit assourdissant agressait nos oreilles,des centaines d'avions convergeaient vers l'Allemagne, spectacle alors inimaginable. Je ne me souviens pas depuis avoir assisté ou voir au cinéma ou à la télévision un tel nuage d'avions de guerre.
un autre jour sombre, par l'évènement celui là ,fût le jour de l'arrestation d'un véritable héros ,comme il en eut quelques uns dans ces temps troublés. C'était le garagiste du pays , son atelier jouxtait les grottes nombreuses sur la colline de Chantecoq. Je me souviens de tous ces soldats allemands qui encerclèrent tous les pays et qui découvrirent de nombreux parachutes dans les grottes. Cet homme d'un courage immense ravitaillait les maquis de la région avec son camion de dépannage à double fond .
La suite était inéluctable, les camps de concentration lui tendaient les bras, heureusement il en revint. Mais quel courage,quel patriotisme,quel abnégation face à un ennemi impitoyable. Tout les hommes n'avaient pas la même haute idée de la nation ,d'autres étaient totalement à l'opposé de ces principes, les combattaient même,et d'autres encore restaient passifs devant l'évènement.
Vint enfin le commencement de la fin pour les "boches". Il firent le chemin inverse mais cette fois à pied en piteux état avec seulement quelques chevaux qui tiraient le peu d'armement qui leur restaient. Je me souviens d'une scène ou un groupe de résistants ,que nous n'avions pas vu de toute le guerre ,se tenait au bord de la route avec mitraillettes et brassards FFI sans provoquer la moindre réaction des germains en replis, mais en ordre tout de même ,discipline ancestrale oblige.
Papa,mon cousin, ainsi qu'un parisien résidant de la commune ,décidèrent même de faire quelques prisonniers et surtout de récupérer des chevaux pour les cultivateurs du pays qui en avaient bien besoin. Ils défilèrent avec leur monture dans le pays et je courrais derrière les chevaux en récupérant les cartouches qui tombaient des sacoches. (voir photo de cet épisode)

Les troupes américaines suivaient de très prés ces derniers fuyards .Je découvris alors pour la première fois un armement et des véhicules extraordinairement adaptés à la guerre et que bien des années plus tard j'allais retrouver dans une autre guerre en Algérie.
Comme toute armée en guerre celle ci commis quelques exactions sur son passage qui ternirent quelque peu l'immense joie de la libération et du retour de la liberté.
L'épouse de mon cousin passa très près du viol par deux soldats noirs américain qui faillirent lui faire sa fête. Son mari réussi a éviter le drame et à porter plainte auprès du commandement américain. Les deux soldats durent leurs vies sauvent, à la clémence de mon cousin et de son épouse ,car la justice militaire était expéditive dans cette période.
Les américains en plus de la liberté nous faisaient découvrir des produits nouveaux comme le café en sachets,les produits déshydratés,les oranges ,le chewing-gum etc... et nous enfants nous étions ravis.
quelques temps après nous sommes retournés à Orléans pour la première fois depuis le début de la guerre .Une véritable expédition préparée une semaine à l'avance. Pas moins de deux trains de pneus furent nécessaire pour atteindre seulement Lorris ou se trouvait un garage pour la réparation avant de poursuivre notre route. Les voix de circulation étaient en piteux états et les gommes des pneus de bien piètre qualité. Puis ce fût l'arrivée à Orléans et la stupeur en voyant l'importance des destructions.
Une image reste gravée dans ma mémoire, celle d'une maison de quatre étages coupée en deux par les bombes, et sur la partie restée debout tout le mobilier en place dans chacune des pièces.
La folie des hommes était passée par là .
Ces années furent celles des privations et de l'invention, des astuces pour survivre. Une simple anecdote : nous récupérions les joints des cannettes de bières et assemblées avec un fil central cela remplaçait les pneus sur les roues de bicyclette.
Mon grand père avait été grièvement blessé à la guerre 1914 1918 nous venions de vivre une autre épreuve et jamais je n'aurais imaginé revivre une autre guerre comme acteur cette fois-ci