A
La pisciculture nous pouvions admirer l'élevage des truites, depuis les oeufs
jusqu'aux énormes truites fario qui agitaient les grands bassins de ciment. Pour
des gamins le plaisir était évident. Nous ne rations jamais les invitations du
propriétaire.


Ce lavoir est alimenté par une source longtemps réputée qui au fil des années et des pollutions est devenue impropre à la consommation. Pendant des lustres elle passait pour avoir des vertus curatives, chaque jour nous allions avec un broc chercher nos besoins en eau pour la journée,elle avait un goût très agréable,une fraîcheur désaltérante qui faisait notre bonheur dans les fortes chaleurs des étés d'alors. j'accompagnais maman lorsqu'elle venait laver son linge,je gambadais autour du bassin et un jour je suis tombé dedans devant les lavandières qui en ont bien ris et maman qui était courroucée.

C'est toujours avec émotion que je revois cet endroit de ma jeunesse et peut-être aussi que je mesure le plus,l'énorme changement de civilisation entre les années 1950 et aujourd'hui. les instituteurs de l'époque représentaient l'élite du pays,les rares à avoir un niveau d'instructions élevé. A ce titre ,il possédait un grand pouvoir discret sur la population. le village se construisait ,se dirigeait , sur leurs autorités ,ils étaient omniprésents dans la vie de chacun ,dans les moments heureux comme dans le malheur. Devant ce monument aux morts, chaque quatorze juillet, chaque onze novembre, tous les enfants de l'école chantaient la marseillaise ,le chant du départ ,avant de se rendre au cimetière déposer des gerbes sur les tombes des combattants. Nous prenions conscience d' être français et nous en étions fiers. Une journée par semaine ,pour certains avaient lieu le catéchisme, pour l'instituteur un peu de temps de perdu. Le rouge et le noir en quelque sorte.
la discipline à l'école était exemplaire ,les coups pleuvaient avec un règle sur les doigts assemblés ,sur les joues avec la main.Les oreilles aussi étaient sollicitées vers le haut quant les choses n'allaient pas dans le bon sens. Pas un parent aurait oser faire une réflexion,au contraire, souvent une autre correction venait confirmer la première. Les élèves participaient aux travaux de jardinage pour les légumes de la cantine ainsi qu'à l'entretien du terrain de sport. Désherbage obligatoire avant gymnastique. Le respect pour les enseignants était immense et même avec le recul de la vie je leurs garde une profonde reconnaissance,grâce à eux j'ai pu avoir des bases de devoir , d'honnêteté et d'enseignement qui m'ont aidés vraiment.
Pour moi les heures de cours s'éternisaient bien au delà de la normale,car n'étant pas un modèle de sagesse ,l'instituteur me gardait en retenue ,et comme il était aussi secrétaire de mairie, c'est sur le tapis vert de la table municipale que j'approfondissais l'enseignement



la cléry une jolie rivière avec ses passages à pieds et ses trous profonds,ses coulées vives pour truites en maraude. Enfant je me suis baigné dans ces eaux glacées de sources multiples. J'ai péché de grande quantité de vairons qui faisait une délicieuse friture,ainsi que ces truites fario. Pas besoin de parc d'attractions à la campagne dans ces années là ,les jeux étaient partout à discrétion.



sur cette place j'ai passé toute ma jeunesse ,avant de quitter un village si cher à mon coeur que souvent je retourne dans ces lieux qui ont pourtant bien changés. Dans le tilleul du milieu j'avais établi mon quartier général .Aujourd'hui encore je peux revoir les traces de mon passage,2 pointes à chevron qui servaient au maintien de la balançoire et à la corde d'accès. De la haut il m'arrivait de canarder les copains qui passaient sur la place de l'église. L'église aussi était un terrain de jeux,ce qui ne dérangeait aucunement la majorité des habitants qui ne regardaient pas du coté du vatican. Nous montions jusqu'au sommet du clocher pour admirer ,et parfois il faut bien l'avouer ,dénicher les chouettes. En pleine journée il n'était pas rare que nous tirions les cloches sans apeurer personne. C'était vraiment la maison du peuple,d'un peuple jeune et sans arrière pensée,qui participait à tous les évènements religieux en temps qu'enfants de choeur. La religion était malgré tout plus présente que maintenant. Je me souviens d'un grand spectacle,organisé par les croyants de l'époque et représentant le chemin de croix par des scénettes tout autour du village. Nos jouets étaient des plus rudimentaires,souvent fabriqués par nos soins avec des objets de toutes sortes récupérés dans les décharges. Quatre roues de bicyclettes ,une planche et 2 tiges de fer constituaient un véhicule que nous lancions dans la côte .Nous passions aussi de longues heures à nous promener en toute liberté dans les champs et bois des alentours sans risque de faire des mauvaises rencontres. Un véritable paradis pour enfant

dans mon enfance je descendais cette côte sur une sorte de chariot fait d'une planche de bois et de 4 roulements à billes. En bas de la côte je traversais un croisement et ma course se continuait sur le plat ,d'une distance d'au moins 300 m. je n'ai jamais croisé une automobile ,car très peu circulait à l'époque. je me souviens que pour gravir cette montée de 14% ,les chauffeurs des automobiles devaient se faire accompagner d'un aide qui mettait une calle derrière la roue, tous les cinq mètres franchis ,dans le bruit infernal et la fumée du moteur. Inimaginable en l'an 2000.

Chantecoq est truffé de grottes de toutes sortes. A coté des ruines du château ,se trouve l'entrée d'un sous terrain qui date de la reine BLANCHE de CASTILLE, les voûtes de pierres taillées sont de style gothique. Plusieurs couloirs cheminent sur quelques mètres et aboutissent à des éboulis. Durant la guerre 39 45 L'escalier avait été recouvert de terre et l'entrée obstruée pour offrir une cachette idéale aux regards des allemands. A la libération nous glissions sur la terre pour atteindre le sous terrain qui était devenu pour nous ,enfants de 8 ,10 ans ,un superbe endroit d'aventures. A l'époque de pratique chrétienne plusieurs messes ont été dites dans ce lieu émouvant.

cette vue de chantecoq m'a accompagné toute ma vie ,dans les moments de séparation :le départ pour le collège à ORLEANS,puis le départ pour la guerre d'algérie. Adolescent elle m'a même inspiré un modeste poème sans autre prétention que d'exprimer mes sentiments. Dans ce village j'ai vécu un des plus beau moment de ma vie,parmi une population rurale qui avait le sens de la fête, dans la joie,le bonheur partagé,avec des personnages inoubliables tel que "SAMUEL"de qui j'essaierai de vous conter les exploits un jour prochain. Chantecoq était un village très vivant avec de nombreux commerçants,pas moins de 3 bistrots,3 épiceries,un bourrelier,un charron,un sabotier,un bazar,2 maréchaux ferrant,2 mécaniciens auto et agricole,un cordonnier,une mercerie,un boulanger,un boucher. Plusieurs fois par an avait lieu la fête au village,le bal populaire avec son orchestre musette s'installait sous une rotonde ou dans la salle de bal d'un des cafés du bourg. Adolescent c'était l'occasion de faire la cour aux jeunes filles des communes voisines ou l'été des parisiennes en vacances. Une cour tout en romantisme avec un infini respect de la vertu,ce n'était pas ,à de rares exceptions le moment de se livrer à des ébats plus érotiques. Inimaginable aussi à notre époque. L'une de ces fêtes se nommait "la fête aux andouilles"organisée par une brave femme surnommée "TITINE" et qui tenait le café à côté de la place de l'église. Son accueil était chaleureux et ses andouilles délicieuses.


émouvante pour moi la carte postale de cette maréchalerie ou j'ai vu le jour ,et sur laquelle figurent mes parents
